Interview – Rania

À combien de manifestations êtes-vous allé cette année ?

Je suis allée à une dizaine de manifestations cette année, généralement pour des causes liées aux droits humains. Je n'ai pas pu en faire plus, car beaucoup étaient organisées au dernier moment ou n'étaient pas autorisées par la préfecture.

Il y avait aussi la contrainte de l'école : il fallait parfois être à République en un temps record juste après la fin des cours, ce qui était compliqué.

Avez-vous déjà organisé une manifestation ?

Je n'ai jamais organisé de manifestation moi-même. En général, je participe à celles organisées par des collectifs, comme Urgence Palestine.

Une fois, j'ai participé à une manifestation en dehors de ces collectifs et cela s'est très mal terminé. Je ne savais pas qu'elle n'était pas autorisée par la préfecture. J'y suis quand même allée après les cours, et la police a lancé des gaz lacrymogènes.

Étant asthmatique, j'ai fait une crise d'asthme. Les policiers ont été très agressifs et peu compatissants, au point d'être presque violents physiquement.

Je connais le frère d'une amie qui fait partie d'un collectif organisant des manifestations. Ils diffusent principalement les informations via les réseaux sociaux.

Le bouche-à-oreille est également très important. Je préfère ne pas y aller seule, car être en groupe me rassure en cas de dispersion. Une fois, j'y suis allée seule et je n'ai vraiment pas apprécié l'expérience.

Quels problèmes avez-vous rencontrés en tant que participante ?

J'ai rencontré de nombreux problèmes, notamment les mouvements de foule soudains. C'était très angoissant, surtout parce que je suis asthmatique et que j'ai des problèmes d'articulation, ce qui m'empêche de courir rapidement.

L'accès aux transports est souvent bloqué par la police ou les manifestants, ce qui complique le retour quand on doit rentrer tôt pour l'école ou le travail.

Les violences policières sont un problème majeur, aussi bien physiques que morales. La première fois que j'ai été témoin d'un contrôle au faciès, c'était en manifestation. Les propos tenus par les policiers étaient choquants et ouvertement racistes.

Il y a aussi le problème des dégradations. Des petits commerces de quartier, sans lien avec la cause défendue, sont souvent endommagés.

Enfin, l'accès à l'eau et à la nourriture est très compliqué. Une fois, après avoir été gazée, je voulais juste acheter une bouteille d'eau, mais la situation était tellement chaotique que j'ai dû rentrer chez moi sans en trouver.

Y a-t-il une manifestation qui vous a particulièrement marquée ?

Oui, une manifestation m'a marquée à la fois positivement et négativement. Elle a commencé à Saint-Lazare, a longé le boulevard Magenta, et s'est terminée vers Montmartre, où la BAC nous attendait, alors même que la manifestation était autorisée.

Des personnes ont été arrêtées simplement pour avoir participé, ce qui m'a paru totalement absurde.

Malgré cela, j'ai vu une très belle entraide humaine et une grande diversité culturelle. Des personnes distribuaient gratuitement de l'eau, des masques, et aidaient celles et ceux qui avaient été exposés aux gaz lacrymogènes.

La manifestation était bien organisée et nous avons réussi à ne pas perdre trop de monde en chemin, ce qui est rare lors des dispersions.

Ce qui me frustre particulièrement, c'est de ne jamais savoir où se trouve la manifestation en temps réel. Si une manif commence à 15h à République, on ne sait pas où elle est à 16h, ce qui empêche de la rejoindre plus tard lorsqu'on a des obligations.

Où trouvez-vous les informations concernant les manifestations ?

Je trouve les informations principalement sur les réseaux sociaux, notamment Twitter et Instagram.

Cependant, il n'y a presque jamais de suivi en temps réel, ce qui est très frustrant, surtout lorsque la situation évolue rapidement.

Y a-t-il déjà eu des situations où vous vouliez participer mais où c'était compliqué ?

Oui, très souvent. Parfois, je ne sais pas à quelle heure la manifestation commence, où elle se déroule, si elle est autorisée ou où elle en est lorsque j'arrive plus tard.

Les manifestations prévues en soirée sont plus accessibles, mais celles organisées en plein milieu de la journée rendent la participation difficile.

Anticipez-vous les problèmes avant une manifestation ?

Oui, je m'y prépare toujours. Je m'habille de manière sobre, souvent en noir, et je prends une écharpe ou une cagoule en cas de problème avec la police.

J'emporte de l'eau et des pansements. J'hésite souvent à prendre mon téléphone et mes papiers d'identité, par peur des fouilles, du vol ou de la perte dans un mouvement de foule.

En même temps, le téléphone est indispensable pour rester en contact et se déplacer, ce qui crée un vrai dilemme.

La préparation du sac est donc essentielle : il doit être utile sans être trop lourd.

Comment décririez-vous les interactions entre les manifestants ?

Je n'ai pas eu beaucoup d'interactions directes, mais lorsqu'il y en avait, c'était surtout pour demander si tout allait bien ou si quelqu'un avait besoin d'aide.

Les changements d'itinéraire favorisent aussi une certaine cohésion entre manifestants.

Comment rentrez-vous chez vous après une manifestation ?

Je rentre en transports en commun s'ils ne sont pas bloqués. Sinon, je rentre à pied lorsque la présence policière est trop importante, afin d'éviter tout risque de garde à vue, surtout si j'ai cours le lendemain.